
Shamonda-Europe : face à ce nouvel Orthobunyavirus, comment accompagner les ruminants ?
28 août 2026Résumé : En 2025, 340 analyses qPCR ont accompagné la prise en charge de plus de 40 000 colonies ne présentant pas de symptômes apparents. Lorsque toutes les étapes des protocoles ont été respectées, la mortalité hivernale rapportée a été inférieure à 5 %. Les résultats révèlent une circulation importante et diversifiée des pathogènes, notamment du BQCV, du DWV-B et de Lotmaria passim. Ils montrent qu’une colonie apparemment forte peut héberger plusieurs agents pathogènes. Associée aux observations et à l’historique du rucher, l’analyse qPCR permet d’évaluer le risque sanitaire et d’adapter la prise en charge. Cette démarche préventive repose sur la détection précoce, la gestion rigoureuse de Varroa destructor et l’accompagnement des défenses naturelles des colonies.
340 analyses qPCR et plus de 40 000 colonies prises en charge en 2025 : une mortalité hivernale inférieure à 5 %
En 2025, 340 analyses qPCR ont été réalisées afin d’identifier simultanément 13 agents pathogènes chez des abeilles domestiques sans symptômes apparents. Cette démarche d’analyse a accompagné la prise en charge de plus de 40 000 colonies dans le cadre de protocoles préventifs personnalisés intégrant Bee’Full® Plus.
Le résultat majeur rapporté par le Dr vétérinaire Gilles Grosmond est une mortalité hivernale inférieure à 5 % lorsque toutes les étapes des protocoles ont été respectées (l’article complet sera publié dans l’Abeille de France © en octobre 2026). Chez certains apiculteurs professionnels, la mortalité observée a même été inférieure à 1 %. À l’inverse, lorsque le protocole préventif proposé n’a pas été mis en place pour des raisons personnelles, des effondrements ont été constatés sans exception ; ces situations représentaient 1,5 % des analyses réalisées.
Ces résultats de terrain ne reposent pas sur l’emploi d’un traitement curatif. Ils s’inscrivent dans une démarche préventive associant l’analyse qPCR Bee’Full® Diag, l’étude des informations fournies par l’apiculteur, l’évaluation du risque et un protocole personnalisé destiné à accompagner les défenses naturelles de la colonie avec Bee’Full® Plus.
Développé par le Dr Gilles Grosmond, Bee’Full® Plus est un aliment complémentaire liquide spécialement formulé pour les abeilles. Incorporé au sirop de nourrissement ou de stockage, il accompagne les défenses naturelles des abeilles et soutient le développement des colonies aux périodes clés de l’année.
Pourquoi rechercher les pathogènes avant l’apparition des symptômes
Une colonie peut paraître saine tout en hébergeant une grande diversité d’agents pathogènes. Les symptômes visibles constituent souvent des indicateurs tardifs : lorsqu’ils apparaissent, la maladie peut déjà être avancée et la survie de la colonie compromise.
La démarche présentée par le Dr Gilles Grosmond repose sur trois piliers complémentaires :
- Détecter avant l’apparition des symptômes : l’analyse qPCR permet d’identifier et de quantifier les pathogènes présents chez des abeilles apparemment saines.
- Évaluer le risque d’effondrement : les résultats qPCR, interprétés avec les commémoratifs transmis par l’apiculteur, permettent d’anticiper un risque d’effondrement plusieurs semaines à plusieurs mois à l’avance.
- Soutenir les défenses naturelles : chez les abeilles sans symptômes, l’immunité innée peut contribuer à préserver l’équilibre sanitaire. Un aliment complémentaire adapté peut accompagner ces mécanismes naturels de défense.
Pour en savoir plus sur les trois piliers d’une approche sanitaire en apiculture, lisez l’article : « Portage des pathogènes – Partie 1 : valeurs prédictives »
L’aliment complémentaire Bee’Full® Plus intervient comme soutien de l’immunité innée dans le cadre d’une prise en charge globale.
Quels pathogènes ont été recherchés en 2025
Le kit analytique utilisé en 2025 recherchait 13 agents considérés comme fréquents ou très fréquents : une bactérie, deux microsporidies, deux trypanosomes et huit virus. Trois cibles supplémentaires ont été ajoutées en 2026 à la demande des apiculteurs.
Une circulation très importante et diversifiée des pathogènes
Les résultats 2025 montrent que le portage ne se limite pas aux virus. Des microsporidies, des trypanosomes et une bactérie ont également été détectés. Plusieurs agents peuvent être présents simultanément chez des abeilles ne présentant aucun symptôme apparent.
L’Analyse a été réalisée pae IODOLAB
Les agents les plus fréquemment détectés en 2025
Le BQCV arrive très largement en tête, avec une fréquence de 98,1 %.
Il est suivi par le DWV-B à 73,7 %, Lotmaria passim à 63,8 %, le SBV à 57,1 % et Nosema ceranae à 46,4 %.
Le CBPV est détecté à 33,7 %, Crithidia mellificae à 22,9 % et le DWV-A à 19,4 %.
Les fréquences les plus faibles concernent Paenibacillus larvae à 7,6 %, l’ABPV et le KBV à 4,4 % chacun, Nosema apis à 3,2 % et le SBPV à 2,9 %.
Fréquence de détection des agents pathogènes par qPCR en 2025, exprimée en pourcentage d’échantillons positifs
Ces pourcentages décrivent la fréquence observée dans les analyses réalisées en 2025. Leur intensité doit être nuancée : elle dépend notamment des régions, des saisons, de la météo, du climat et des pratiques apicoles.
Des variations selon les saisons et les pratiques
Les charges de certains agents pathogènes évoluent au cours de la saison :
- au printemps, une forte progression du SBV et de Nosema ceranae a été observée ;
- à l’automne, la progression concernait surtout le DWV-B, Lotmaria passim et parfois Nosema ceranae ;
- le BQCV était présent tout au long de l’année.
Certaines transhumances se sont également révélées très contaminantes, avec des taux et une diversité de pathogènes particulièrement préoccupants au retour des colonies.
Enfin, l’introduction d’une colonie porteuse d’un agent jusque-là absent du rucher a été suivie d’une propagation aux autres colonies, surtout pour les virus, dans un délai de quatre à six semaines. Le phénomène de dérive participe à cette diffusion rapide.
Une charge élevée peut rester invisible
L’analyse qPCR évalue la présence des agents pathogènes à partir du nombre de cycles thermiques, ou Ct, selon un référentiel propre à chaque agent pathogène. Pour les virus, le Dr Grosmond indique qu’un Ct de 30 ou plus correspond à une présence de l’ordre de cent à mille particules virales par abeille. Un Ct de 15 ou moins correspond à une présence de cent millions à cent milliards de particules virales par abeille, alors que l’abeille peut encore ne présenter aucun symptôme.
Selon cette estimation, une abeille sans désordre apparent peut héberger au minimum deux milliards de particules virales et deux millions de formes infestantes de pathogènes intestinaux.
Ce constat montre qu’il ne faut pas raisonner uniquement pathogène par pathogène. La présence d’un agent pathogène n’entraîne pas nécessairement, à elle seule, un effet négatif. En revanche, une charge élevée ainsi que l’association de plusieurs pathogènes peuvent déséquilibrer la colonie et augmenter le risque d’affaiblissement ou d’effondrement.
Varroa et autres pathogènes - une gestion indissociable
Varroa destructor entretient des liens étroits avec les autres agents pathogènes, en particulier les virus. Cependant, éliminer Varroa à la fin de l’été ne supprime pas la charge virale qu’il a multipliée ou transmise.
Après le traitement anti-varroa, les charges virales et les pathogènes intestinaux peuvent poursuivre leur développement et menacer les abeilles d’hiver. La gestion des populations de pathogènes doit donc accompagner systématiquement celle de Varroa destructor.
Moins de 5 % de mortalité hivernale lorsque toutes les étapes du protocole sont respectées
Parmi les plus de 40 000 colonies prises en charge en 2025, la mortalité hivernale rapportée a été inférieure à 5 % lorsque le protocole a été appliqué dans son ensemble. Celui-ci comprenait :
- l’évaluation du risque lié aux pathogènes par analyse qPCR ;
- l’examen des pratiques et des informations propres à chaque exploitation ;
- l’élaboration d’un protocole préventif personnalisé ;
- le soutien des défenses naturelles de la colonie par un aliment complémentaire adapté (Bee’Full® Plus).
Chez certains apiculteurs professionnels, la mortalité a été inférieure à 1 %. Le Dr Grosmond relie ces résultats particulièrement favorables à des pratiques complémentaires : renouvellement annuel des reines, gestion rigoureuse des traitements anti-varroa et apports de substituts de pollen.
Ces données correspondent aux colonies suivies. Elles mettent en évidence l’intérêt d’une démarche complète et personnalisée ; elles ne permettent pas d’attribuer le résultat à une action isolée ni de garantir le même niveau de mortalité dans toutes les exploitations.
Pour en savoir plus sur les protocoles Bee’Full® Plus, consultez l’article : « Portage des pathogènes Partie 2 – Prise en charge sanitaire des colonies d’abeilles »
Conseils pratiques pour l’apiculteur
- N’attendez pas l’apparition de symptômes visibles : une colonie peut sembler forte tout en présentant un risque sanitaire élevé.
- Appuyez-vous sur les analyses qPCR pour détecter et quantifier les pathogènes présents chez les abeilles, puis intervenir au bon moment.
- Raisonnez vos interventions en fonction du niveau de risque, avant l’apparition des pertes.
- Accompagnez les défenses naturelles de la colonie, plutôt que de chercher à éliminer les pathogènes.
- Interprétez toujours les résultats avec vos observations et l’historique du rucher : alimentation, traitements, transhumances, environnement et événements sanitaires.
Cette approche préventive et globale permet de mieux maîtriser le risque sanitaire et de limiter les risques d’affaiblissement ou d’effondrement des colonies.
Analyse qPCR et commémoratifs de l’apiculteur : deux éléments indissociables
La fiabilité de la démarche prédictive repose sur la combinaison de deux sources d’information : le résultat qPCR et les commémoratifs transmis par l’apiculteur. Les choix de conduite, l’historique sanitaire, l’alimentation, les traitements, les transhumances et l’environnement doivent être pris en compte pour interpréter le risque.
L’effondrement d’une colonie est progressif. Il peut être influencé par les aléas météorologiques, les pratiques apicoles, les ressources botaniques, les pratiques agricoles, une concentration importante de colonies transhumantes ou encore le négoce d’abeilles sans règles sanitaires. L’analyse des pathogènes permet de replacer ces facteurs dans une évaluation globale et d’adapter le protocole à chaque rucher.
Ce que le portage des pathogènes pourrait aussi expliquer au rucher
Les pathogènes ne sont pas seulement impliqués dans les affaiblissements et les mortalités hivernales. Même sans symptômes visibles, leur présence pourrait aussi contribuer à certains problèmes régulièrement observés par les apiculteurs : baisse de ponte, remplacement précoce des reines ou disparition d’une partie des jeunes butineuses.
Le Dr Gilles Grosmond propose trois pistes de réflexion :
- Une reine jugée moins performante est-elle forcément une mauvaise reine ?
Une ponte insuffisante n’est pas forcément liée uniquement à l’âge ou à la qualité génétique de la reine. Des publications scientifiques rapportent notamment la présence du DWV-B dans ses ovaires et dans les spermatozoïdes conservés dans sa spermathèque. Son état sanitaire pourrait donc également affecter ses capacités reproductrices.
- Certaines supersédures pourraient-elles avoir une origine sanitaire ?
Le DWV-B et le BQCV ont été détectés dans les ovaires et les glandes mandibulaires de certaines reines. De fortes charges virales pourraient perturber les substances impliquées dans la communication avec les ouvrières. Moins bien reconnue et entourée par sa cour, la reine pourrait alors être progressivement remplacée par la colonie.
- Pourquoi certaines jeunes butineuses disparaissent-elles rapidement ?
Il a été rapporté qu’une mortalité importante pouvait survenir chez les jeunes butineuses au cours de leur première semaine de vol. En plus des difficultés d’orientation et d’adaptation au vol, des virus présents dans les centres nerveux pourraient perturber les capacités des butineuses. Nosema ceranae pourrait également diminuer l’énergie nécessaire au vol.
Ces trois pistes restent des hypothèses de travail, mais elles montrent l’intérêt de prendre en compte l’état sanitaire de la colonie lorsque certains troubles restent inexpliqués.
Vers une prévention fondée sur la mesure du risque
Le bilan 2025 confirme qu’une abeille apparemment saine peut porter simultanément plusieurs agents pathogènes à des niveaux parfois très élevés. Il montre aussi que la gestion de Varroa ne peut être dissociée de la surveillance des virus et des pathogènes intestinaux.
Les résultats observés sur plus de 40 000 colonies soutiennent l’intérêt d’une approche sanitaire reposant sur trois principes : détecter les pathogènes avant l’apparition des symptômes, évaluer le risque d’effondrement et adapter la prise en charge aux particularités de chaque rucher.
Pour l’apiculteur, le message est concret : ne pas attendre l’apparition de symptômes pour s’intéresser au risque sanitaire. L’analyse qPCR apporte une mesure objective, mais sa valeur dépend de son interprétation et de son intégration dans une conduite sanitaire globale.
A retenir
- 340 analyses qPCR ont été réalisées en 2025 sur 13 agents pathogènes.
- Plus de 40 000 colonies sans symptômes apparents ont été prises en charge.
- La mortalité hivernale a été inférieure à 5 % lorsque toutes les étapes des protocoles ont été respectées.
- Chez certains professionnels associant des pratiques complémentaires rigoureuses, elle a été inférieure à 1 %.
- Le BQCV a été détecté dans 98,1 % des analyses, le DWV-B dans 73,7 % et Lotmaria passim dans 63,8 %.
- Les charges pathogènes peuvent être importantes en l’absence de symptômes visibles.
- L’analyse qPCR doit être interprétée avec les informations du rucher et intégrée à une démarche préventive personnalisée.
L’article complet du Dr vétérinaire Gilles Grosmond, « Portage des pathogènes – Partie 3 : bilan de l’année 2025 et perspectives » sera publié dans L’Abeille de France© en octobre 2026.
Les résultats seront présentés au Congrès européen de l’apiculture, organisé du 1er au 4 octobre 2026 à Agen.
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